Réminiscences du Chaco est un projet international né du souhait des peuples Wichí, Qom, Pilagá et Nivaclé de partager au sein de leurs communautés les photographies prises il y a un siècle par des anthropologues et des missionnaires européens. Ce projet prévu pour fin 2026 est porté par des organisations autochtones, des institutions et de nombreuses personnalités argentines, européennes et nord-américaines.
Le Gran Chaco est une vaste zone semi-aride qui occupe le centre-nord de l’Argentine, l’ouest du Paraguay et le sud-ouest de la Bolivie. Parcourues ancestralement par de nombreux peuples semi-nomades de chasseurs-pêcheurs-cueilleurs, ces contrées, « colonisées » au début du XXème siècle, ont aussi attirées anthropologues et missionnaires.
Marchant sur les pas de son maître, le Suédois d’Erland Nordenskjöld, et en suivant les premières missions anglicanes, l'anthropologue Alfred Métraux se passionne très tôt pour les peuples du Gran Chaco. De ces premiers contacts européens avec des populations au mode de vie et aux cultures encore relativement préservées est issu un riche patrimoine photographique méconnu conservé dans divers musées et institutions européennes, le musée des Cultures du Monde de Göteborg, le musée du Quai Branly de Paris et la Church Mission Society à Oxford.
Lors de son arrivé au Gran Chaco, Alfred Métraux se désole de l'impact négatif de "la civilisation": destruction des milieux, maladies, acculturation. Il pense assister à l'agonie de ces petites civilisations. Ces peuples n'ont pas disparu. Sédentarisés dans une portion congrue de leurs terres ancestrales ou à la périphérie des grandes villes, ils ont su garder leurs langues, leurs cultures et une farouche volonté d’exister au sein de la société argentine contemporaine.
La naissance
Invité par l’ONG française La Croix du Sud, Oscar Talero, responsable de la communauté Qom Qadhuoqté, a pu visiter en 2023 le musée du Quai Branly et a découvert à cette occasion l’important fonds photographique Alfred Métraux concernant les peuples du Gran Chaco. Impacté par ces photos centenaires, il a tout de suite pensé que leur diffusion aujourd’hui au sein des communautés concernées pourrait étayer leur travail de mémoire en plein développement. Il a demandé à La Croix du Sud d’initier un projet dans ce sens. C’est là l’origine de REMINISCENCES DU CHACO.
Description du projet
On ne peut vivre pleinement et librement le présent qu’à la lumière du passé. Cette mémoire, les peuples du Gran Chaco se la transmettent oralement il y a des millénaires mais, depuis le début du XXIème siècle, elle a été gravement altérée par l’acculturation. L’histoire officielle rédigée avec une vision « coloniale » leur est le plus souvent défavorable alors que les écrits ethnographiques leurs restent inaccessibles compte tenu du fossé culturel. En diffusant largement ce patrimoine photographique méconnu, des pans de mémoires enfouis pourraient renaître et enrichir le terreau ou pourront s’enraciner solidement les mémoires individuelles et collectives des temps présents.
Le projet vise a projeter ces photos devant la communauté réunie pour susciter des réactions et aussi des candidatures afin de travailler ensuite en petits groupes sur leur contextualisation. Concrètement, plusieurs équipes composent le projet Réminiscences du Chaco: une équipe humanitaire, une équipe scientifique, une équipe artistique et une équipe documentaire. Les équipes séjourneront 3 à 4 jours sur plusieurs sites sélectionnés par les responsables communautaires entre Salta et Las Lomitas. A l’issu du séjour, un échantillon de photos et une aide sera laissé à disposition des communautés qui toutes maintiennent un petit « musée communautaire » si elles ne l’ont pas en projet.
Réminiscences du Chaco, projet culturel à vocation scientifique et artistique, se déroulera en novembre 2026 en étroite concertation avec les populations concernées depuis Mision Chaqueña jusqu’à Las Lomitas en passant par Santa Victoria Este, El Potrillo, Laguna Yema, La Rinconada et Guadalcazar au sein de communautés Wichí, Pilagá, Qom et Nivaclé. Il inclura la réalisation d'un documentaire et, pourquoi pas, d'un livre et d’une exposition centrés sur ces rencontres et ces photos.
Les organisations autochtones:
Lhaka Honhat (Notre Terre)
Association indigène à dominante Wichi de la région de Santa Victoria Este (province de Salta). Cristina Perez est la référente de l’association qui regroupe 132 communautés Wichí, Chorote, Chulupi, Qom et Tapieté qui se battent depuis 1991 pour obtenir la propriété indivise de 643 000 hectares de terres ancestrales indigènes. Elles ont eu gain de cause en 2020 devant le Cour Interaméricaine des Droits de l’Homme qui lui a accordé un droit sur 400 000 hectares que les autorités argentines n’ont toujours pas reconnu.
La Fédération Pilagá
Elle regroupe la totalité des communautés Pilagá d’Argentine. Elle s’est constituée pour faire reconnaître comme génocide le massacre de Rincón Bomba qui eut lieu en 1947 et aurait fait prés d’un millier de victimes. Elle s’appui sur cette reconnaissance obtenue en 2020 pour défendre le peuple et la culture Pilagá.
L'organisation des Communautés Nivaclé
Elle regroupe les communauté Nivaclé d’Argentine qui se battent pour être reconnu comme préexistantes à l’Etat National. En effet jusqu’en 2025 le peuple Nivaclé n’était pas reconnu en Argentine et considéré comme immigré récemment du Paraguay. Cette décision leur permet une existence légale, la revendication de terres et la reconnaissance de leur langue et de leur culture.
Les communautés autochtones:
Mision Chaqueña
Santa Victoria Este et Mision la Paz
(Province de Salta)
Première mission anglicane Wichí.
(Province de Salta)
multi-ethniques à dominante Wichí au bord du Pilcomayo.
(Province de Formosa)
Wichí issue des anciennes missions San Andrés et El Yuto.
(Province de Formosa)
Qom issue de l’ancienne mission El Toba et Sombrero Negro.
Laguna Yema
Guadalcazar
Las Lomitas
(Province de Formosa)
Nivaclé
(Province de Formosa)
Pilagá et Nivaclé issues de l’ancienne Mision Pilaga.
(Province de Formosa)
Pilagá et Wichí.
Adolfo Perez Esquivel
Prix Nobel de la Paix 1985, artiste peintre, Président d’Honneur et fondateur du SERPAJ (Servicio Paz y Justicia).
Oscar Talero
Responsable de la communauté Qom Qadhoqté de Rosatio, militant de la cause autochtone à l'origine du projet.
Daniel Metraux
Fils d'Alfred Metraux, docteur en philosophie de l'université de Columbia, professeur émérite d'études asiatiques à la Mary Baldwin University (Virginia, USA)
David Leake
Fils d'Alfred Leake, né à la maison El Toba, évêque, fondateur de plusieurs missions anglicanes.
Les institutions
Académie des Sciences de Buenos Aires
SERPAJ (Servicio Paz y Justicia)
Eglise Anglicane d'Argentine
Valdskulturmuseet de Göteborg
Cambridge Center for Christianity Worldewide
Le Oxford Center for Mission Study
Les personnalités
Guy Métraux
Fils de Guy Métraux, frère d’Alfred, professeur émérite.
Cristina Perez
Référente de Lhaka Honhat, association de 132 communautés autochtones de la zone de Santa Victoria Este
Noole Palomo
Référente de la Fédération Pilagá regroupant toutes les communautés Pilagá d’Argentine.
Felix Diaz
Référent du peuple Qom de la province de Formosa, Président du Conseil Consultatif et Participatif des Peuples Indigènes d’Argentine.
Philippe Descola
Référent du peuple Qom de la province de Formosa, Président du Conseil Consultatif et Participatif des Peuples Indigènes d’Argentine.
Brian Willians
Evêque de l'Eglise anglicane d'Argentine.
Cristobal Wallis
Missionnaire anglican, anthropologue et linguiste, spécialiste du peuple Wichi.
Lorena Cordoba
Anthropologue, chercheuse au CONICET, spécialiste d’Alfred Métraux.
Diego Villar
Anthropologue, chercheur au CONICET, spécialiste du Chaco.
Adriana Muñoz
docteur en philosophie, professeur adjoint à l'Université de Göteborg, conservateur pour l'Amérique latine aux Musées nationaux des cultures du monde de Göteborg.
Cecilia Paula Gómez
Anthropologue, chercheuse au CONICET, spécialiste de la cosmovision et de l’astronomie culturelle des peuples du Chaco central.